SwissBanking
Le magazine en ligne de l’Association suisse des banquiers
28 Juin 2020

Navigation

Message
Bye bye LIBOR: la Suisse sur la bonne voie

Bye bye LIBOR: la Suisse sur la bonne voie

Le LIBOR tire bientôt sa révérence. Sa disparition concerne le franc suisse au même titre que le dollar ou la livre sterling. Réunis au sein d’un groupe de travail (le National Working Group on Swiss Franc Reference Rates, NWG), les représentants du marché préparent depuis plusieurs années le passage au SARON avec l’aide de la BNS.

Bardenhewer_Martin_I_PP.jpg
Martin Bardenhewer, Responsable Institutional Clients & Multinationals ZKB, Co-Chair NWG
Quels rôles jouent les taux de référence comme le LIBOR et le SARON?

Dès qu’il est question de taux d’intérêt, le LIBOR entre en jeu. Il est de loin le principal taux à échéance courte. Et il est tout aussi important pour les taux fixes  puisque ceux-ci correspondent en fait à l’évolution attendue des taux d’intérêt pour les années à venir. Un taux d’intérêt de référence est un repère crucial pour les taux, toutes échéances confondues. C’est pour cela qu’il joue un rôle aussi déterminant, non seulement pour les banques, mais aussi pour tous ceux qui ont affaire à des financements ou des investissements.

Qu’est-ce qui va concrètement changer avec le SARON?

Pour la plupart des clients bancaires, pas grand-chose. Pour les prestataires proposant des produits portant intérêt en revanche, dont en première ligne les banques, le changement est de taille. Les clients bancaires doivent eux s’habituer à un nouveau taux d’intérêt, le  Il s’agit tout simplement de la moyenne des taux SARON au jour le jour, avec les intérêts composés, car le paiement d’intérêts se fait non pas quotidiennement mais sur une période plus longue (trois mois par exemple). La vraie nouveauté pour le client, c’est qu’il ne connaîtra le montant des intérêts à payer qu’à la fin de la période, et non pas trois mois à l’avance. A bien y réfléchir, ce changement n’est pas si drastique, puisque dans le cas d’une hypothèque LIBOR, le client ne connaît pas non plus à l’avance le montant de la plupart des intérêts.

Et pour les banques?

Presque chaque établissement bancaire travaille avec des taux d’intérêt. Peu importe qu’il soit spécialisé dans le financement, les investissements ou la banque d’affaires. Le nombre de systèmes informatiques à adapter avant le passage au SARON est donc considérable. De nombreux produits doivent être redéfinis. C’est le cas des hypothèques, mais aussi de tout l’éventail des prêts aux entreprises, des instruments du marché des capitaux, des dérivés servant à la gestion du risque de taux et d’autres produits encore. Il faudra aussi adapter nombre de processus et méthodes internes, notamment concernant – dans le bilan – le risque lié à la fluctuation des taux d’intérêt.

Où en sont les banques dans cette transition?

Selon mes estimations, les banques suisses ont en moyenne une certaine longueur d’avance sur les consœurs d’autres pays. Pour le CHF LIBOR, nous avons pu nous entendre sur des standards plus tôt que ce n’est le cas pour d’autres devises. En ce moment, on voit régulièrement des hypothèques SARON faire leur apparition sur le marché, de même que de premiers prêts SARON aux entreprises. Une partie des standards et de l’infrastructure de marché nécessaires aux swaps basés sur le SARON a été mise en place il y a deux ans déjà. Certes, les banques ont encore du pain sur la planche, mais dans la plupart des cas, les projets sont à un stade avancé. Je pars du principe que le gros des étapes menant à l’abolition du LIBOR ne sera pas bouclé à la dernière minute seulement. Vers la fin de cette année pas comme les autres, la majorité des nouveaux produits devrait être disponible sur le marché, et les produits LIBOR seront relégués en arrière-plan.

Quels sont les défis posés par ce changement?

Trois domaines me viennent à l’esprit: les standards, la psychologie et les «résidus». Sans standards, le passage au SARON est impossible. L’aspect psychologique est essentiel: pour les taux variables, nous devons nous habituer à ne connaître le montant des intérêts qu’à la fin de la période en cours, alors qu’auparavant nous le connaissions en début de période. Enfin, nous ne devons pas sous-estimer le fait qu’il restera, comme souvent, un «résidu» de contrats récalcitrants, particulièrement difficiles à adapter.

Comment le NWG peut-il accompagner cette transition?

Pour le franc suisse, nous avons fixé les principaux standards il y a un an déjà. En parallèle, nous travaillons activement à la coordination avec les groupes de travail des autres devises. Certains de nos standards ont d’ailleurs été repris pour le dollar et la livre sterling. Pour notre espace monétaire à la fois international et de taille restreinte, c’est un point crucial. Plus récemment, nous avons mis un fort accent sur la communication et les clarifications juridiques. A l’avenir, nous nous concentrerons davantage sur l’objectif d’un marché suisse exempt des résidus de l’ancien système.

Que doivent faire les clients qui ont encore un produit basé sur le LIBOR (une hypothèque par exemple)?

Si le produit en question arrive à échéance avant la fin de 2021, ils n’ont aucune démarche à entreprendre. Dans le cas contraire, il est temps d’aborder concrètement avec son banquier le passage à un produit basé sur le SARON. Il ne faudrait pas attendre la fin de 2021 pour opérer un tel changement.