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13 Décembre 2019

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Pas d’écosystème financier ouvert sans confiance

Pas d’écosystème financier ouvert sans confiance

L’open banking est une chance pour la place financière suisse. Il s’articule systématiquement autour du client. Pour être performant, un écosystème financier ouvert nécessite donc des interfaces standardisées et la confiance de la clientèle.

L’open banking est appelé à influencer et transformer durablement le secteur bancaire. Outre les concepts technologiques à la mode comme «advanced analytics», le recours à la technologie du cloud, les interfaces conversationnelles, assistants vocaux et autres banques vocales, ou encore l’automatisation des processus par la robotique (APR), la coopération via des interfaces de programmation standardisées (Application Programming Interfaces, API) est régulièrement citée comme une tendance majeure au sein des banques, en particulier dans le domaine de la banque de détail. Dans un monde où la chaîne de création de valeur se fragmente de plus en plus et où de multiples prestataires financiers (banques, entreprises Fintech, néobanques, non-banques comme les Bigtech) proposent leurs services aux clients, on ne se demande plus si l’open banking s’imposera, mais sous quelle forme.

En réalité, l’open banking n’est pas un phénomène nouveau en Suisse. De nombreuses banques proposent des solutions d’open banking à leur clientèle Entreprises depuis des décennies et la gamme des services destinés aux PME ne cesse de s’étendre. Mais à l’heure actuelle, c’est la clientèle privée qui fait l’objet de toutes les attentions.

L’open banking présente des avantages – pour les clients, les banques et les prestataires tiers

Les avantages de l’open banking pour les clients sont évidents. Par exemple, en interconnectant plusieurs relations bancaires, chacun peut avoir une vue d’ensemble sur sa situation financière. En tant que client, on a aussi le choix parmi de nombreuses offres de produits et services, ce qui permet de trouver la solution la mieux adaptée à ses besoins sans avoir à changer de relation bancaire.

Pour les banques, la coopération avec des prestataires tiers au moyen d’interfaces standardisées signifie des gains d’efficience, de nouvelles sources de revenus et une meilleure expérience client grâce à la fluidité entre différentes offres. En outre, l’open banking donne l’opportunité de se positionner en tant qu’élément porteur d’une économie de plateforme, ce qui permet de diversifier les sources de revenus et d’élargir la base de clientèle.

Quant aux prestataires tiers comme les entreprises Fintech, l’open banking leur offre la possibilité de commercialiser leurs produits et services selon des modalités réglementaires simplifiées (par ex. sans licence bancaire). En coopérant avec des prestataires de services financiers établis, ils ont également accès à une solide base de clientèle, ce qui facilite le développement rapide de leur modèle d’affaires. Enfin, en proposant des produits innovants, ils peuvent se positionner directement à l’interface entre la banque et le client et étendre ainsi plus facilement leur portefeuille de produits.

L’open banking, qu’est-ce que c’est?

L’Association suisse des banquiers (ASB) définit l’open banking comme un modèle d’af-faires basé sur l’échange standardisé et sécurisé de données entre la banque et des prestataires tiers reconnus. La standardisation ouverte des interfaces (Application Programming Interface, API) est indispensable pour que les banques et les prestataires tiers puissent échanger des données sans erreurs et en continu. A cet effet, les normes internationales jouent un rôle important. Des mesures de sécurité technologiques sont mises en place pour assurer à tout moment la confidentialité et la sécurité des données. L’exigence d’intégrité du système impose enfin que seuls les tiers répondant à certains critères de qualité aient accès à l’interface.

Un écosystème financier ouvert, c’est aussi de nouveaux risques et de nouveaux défis

L’ouverture des interfaces et l’intensification des échanges de données génèrent de nouveaux risques et de nouveaux défis, notamment en matière de protection des données, de surveillance et de cybersécurité. Par exemple, la question se pose de savoir qui est le propriétaire des données, et donc qui a le contrôle sur ces données. La réponse varie selon les pays: ce peut être le seul client ou, avec son accord et jusqu’à un certain point, la banque, voire un prestataire tiers. La transmission et la cession de données de clients à des tiers requièrent elles aussi l’accord des clients concernés. Globalement, il faut que les banques et les autorités de surveillance portent une attention accrue à ces nouveaux risques, par exemple en mettant en place une gestion efficace des données ou un registre des prestataires tiers.

L’accroissement exponentiel des échanges de données ouvre aussi des failles susceptibles de faciliter les cyberattaques – les données collectées sont exposées au vol ou au piratage. Au-delà des enjeux juridiques, il y a donc encore des obstacles techniques à franchir. Une condition essentielle à cet effet est de disposer d’interfaces standardisées qui assurent l’efficacité et la sécurité des échanges de données. Mais le développement et la maintenance d’API acceptées par tous les acteurs représentent un investissement conséquent en temps et en argent, surtout lorsqu’ils se font sur une base bilatérale avec plusieurs organisations. En d’autres termes, il reste à définir la fiche qui va dans la prise.

La Suisse mise sur des solutions faisant appel aux mécanismes de marché

Afin d’accélérer le développement d’un écosystème financier ouvert, les places financières internationales ont pris différentes initiatives. Celles-ci vont de la contrainte réglementaire aux solutions faisant appel aux mécanismes de marché. La plus connue est sans doute la deuxième di-rective européenne sur les services de paiement (DSP2), qui s’applique au plan productif depuis la mi-octobre 2019. Elle oblige les banques dans l’UE à instaurer un droit d’accès gratuit aux comptes bancaires en faveur des prestataires tiers. Elle n’est toutefois pas applicable en Suisse, puisque cette dernière n’est pas membre de l’UE.

La Suisse mise pour sa part sur des solutions faisant appel aux mécanismes de marché. On observe quelques évolutions dans ce sens, qu’il s’agisse de l’infrastructure (par ex. la Connectivity Platform de SIX) ou d’initiative concrètes en matière de standardisation: on citera à cet égard, outre l’initiative de SIX, la Common-API Initiative de SFTI (Swiss Fintech Innovations), le Swisscom Open Banking Hub, ou encore openbankingproject.ch. Des fournisseurs clés de logiciels et de services bancaires, comme Avaloq et Finnova, travaillent quant à eux à développer des marchés concrets pour les API en Suisse.

Tirer les enseignements des expériences d’autrui

Toutes ces initiatives montrent que de multiples activités se déploient autour de l’open banking dans notre pays. Si l’UE a choisi la voie réglementaire pour obliger les banques à ouvrir leurs interfaces, la Suisse mise quant à elle sur des solutions faisant appel aux mécanismes de marché. Les expériences d’ouverture forcée des interfaces client ne sont guère concluantes jusqu’ici – rien n’a encore vraiment bougé, comme le constatent régulièrement les experts. Cela s’explique par plusieurs raisons: retard des banques dans la mise en service des interfaces, absence de standardisation technique au niveau de ces interfaces, ou simplement ignorance des clients européens quant à leurs nouveaux droits.

La Suisse peut bénéficier de ces expériences et éviter d’emblée certaines erreurs. Ainsi, des interfaces techniquement standardisées sont essentielles au bon fonctionnement d’un écosystème financier ouvert. Mais la confiance dans cet écosystème, elle aussi, est cruciale et ne doit pas être négligée. Pour la créer et la préserver, il faut prendre des mesures dans les domaines de la protection des données, de l’enregistrement et de la surveillance des prestataires tiers, ainsi que de la cybersécurité.

Pour l’ASB, l’open banking est un sujet prioritaire. Aussi a-t-elle institué en milieu d’année 2019 un groupe de travail composé d’experts de la finance et chargé de clarifier rapidement les questions qui se posent. Ce travail s’effectue en dialogue avec tous les acteurs importants du marché. Fidèle au mot d’ordre: l’innovation par la coopération.