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28 Juin 2020

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«Le SARON est un taux d’intérêt de référence stable»

«Le SARON est un taux d’intérêt de référence stable»

Le SARON se base sur des transactions dans le segment le plus liquide du marché monétaire en francs: le marché monétaire gagé. Il est la valeur de référence la plus représentative en Suisse et devient ainsi le nouveau taux d’intérêt de référence à la place du LIBOR. Au sein du Groupe de travail national sur les taux d’intérêt de référence (National Working Group on Swiss Franc Reference Rates, NWG), les différents acteurs du marché collaborent depuis des années étroitement pour assurer une transition sans accrocs vers le SARON.

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Dr. Andréa Maechler, membre de la Direction générale de la Banque nationale suisse
Pourquoi le passage du LIBOR au SARON est-il si important?

Le LIBOR reste aujourd’hui le taux d’intérêt de référence le plus courant. Il sert de base à des contrats partout dans le monde, pour une valeur nominale totale largement supérieure à 200  de dollars. En Suisse aussi, 80% environ des banques continuent d’utiliser le LIBOR, ou la courbe de swaps reposant sur le LIBOR, pour fixer le prix de leurs produits de crédits (cf. l’illustration). Mais avec le LIBOR, nous sommes confrontés à un problème fondamental: les données à partir desquelles il est établi sont très minces. Dans le marché monétaire non gagé, le volume de transactions sous-jacentes pouvant étayer le LIBOR est en effet très faible. Face à ce phénomène, l’autorité britannique de surveillance des marchés financiers a annoncé à l’été 2017 qu’elle n’assurerait le maintien du LIBOR jusqu’à fin 2021 seulement. Ce taux de référence est donc appelé à disparaître, et il faut lui trouver à temps un remplaçant suffisamment robuste. En Suisse, nous avons heureusement cette possibilité avec le SARON.

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Pourquoi avoir choisi le SARON pour remplacer le LIBOR?

Contrairement au LIBOR, le SARON est un taux d’intérêt de référence robuste. Il se fonde sur des transactions effectivement conclues dans le segment le plus liquide du marché monétaire en francs: le marché monétaire gagé. Cela fait de lui la référence la plus représentative en Suisse, et le NWG l’a ainsi recommandé en 2017 comme remplaçant au LIBOR en francs suisses.

Compte tenu de la crise liée au coronavirus, serait-il envisageable de reporter le passage au SARON?

Je suis consciente que le contexte actuel rend les efforts d’adaptation déjà entamés encore plus complexes. Toutefois, la situation initiale motivant l’abandon du LIBOR n’a en soi pas changé. Il existe d’ailleurs un consensus à cet égard sur le plan international aussi. En opérant cette transition vers le SARON selon le calendrier prévu, on offre à la place financière suisse une chance unique de se libérer des incertitudes entourant le futur du LIBOR, pour aller de l’avant, forte de cette nouvelle référence.

Où en est la transition en Suisse?

Grâce au NWG, la Suisse a atteint un stade déjà très avancé en comparaison internationale. J’aimerais ici remercier tous les participants au groupe de travail pour leur engagement, et en particulier Martin Bardenhewer, le co-président du NWG. Ce groupe de travail, mis sur pied en 2013 déjà, implique tous les acteurs clés dans ce processus de réforme. Il a déjà plusieurs étapes cruciales à son actif. Ainsi, il existe désormais un marché de swaps basés sur le SARON, et d’innombrables banques ont placé de premières hypothèques SARON. Le prochain jalon sera le remplacement de la courbe de swaps basée sur le LIBOR par une courbe de swaps SARON. Pour l’instant, la courbe de swaps LIBOR reste la principale référence pour définir les prix et la couverture des produits de crédits. A l’avenir, c’est la courbe de swaps SARON qui jouera ce rôle. Elle deviendra ainsi un repère essentiel pour le marché.

Comment la BNS soutient-elle ces efforts d’adaptation en Suisse et à l’étranger?

En Suisse, la BNS soutient notamment ces travaux en exerçant, conjointement avec un représentant du secteur privé, la présidence du NWG. Elle anime les discussions, chapeaute le secrétariat technique et publie sur son site des informations relatives aux activités du groupe de travail. A l’étranger, elle suit attentivement les évolutions et participe activement aux discussions bilatérales et multilatérales pertinentes en la matière.

En quoi le passage au SARON influence-t-il la politique monétaire?

La BNS a déjà décorrélé sa politique monétaire du LIBOR en francs suisses. Il y a un an environ, nous avons remplacé dans notre stratégie de politique monétaire la fourchette cible assignée au LIBOR à trois mois pour le franc par le taux directeur de la BNS. Depuis, l’objectif est de viser un niveau proche de ce taux pour les taux d’intérêt à court terme du marché monétaire gagé en francs, en gardant le SARON en ligne de mire. En interne aussi, nous avons examiné nos processus dans le moindre détail, afin d’éviter toute dépendance. Mais en définitive, pour transmettre efficacement notre politique monétaire, nous devons avant tout pouvoir nous reposer sur un marché monétaire en bon état de fonctionnement. C’est pour cette raison que la BNS tient résolument à ce que les participants du marché amorcent eux aussi suffisamment tôt cette transition vers le SARON.

Dans quels domaines des mesures sont encore nécessaires?

Les travaux d’adaptation vont bon train, mais il reste encore un long chemin à parcourir avant de remplacer intégralement le LIBOR. Tous les acteurs doivent examiner leurs dépendances vis-à-vis du LIBOR et les réduire partout où c’est possible. Je suis dans l’ensemble confiante et je pense que ce processus pourra être finalisé dans les délais. Le dialogue et la collaboration sont deux grands points forts de la Suisse. Depuis plusieurs années déjà, le NWG, la FINMA et la BNS coopèrent étroitement pour assurer une transition aussi harmonieuse que possible vers le SARON. Désormais, il revient à l’ensemble des participants du marché de tirer sur la même corde et d’adapter leurs processus. Ensemble, nous saurons relever ce défi avec maestria.