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30 Juin 2016

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Les banques contribuent à préparer l'avenir numérique

Les banques contribuent à préparer l'avenir numérique

Fintech et numérique: ces deux mots sont sur toutes les lèvres, en Suisse comme à l'étranger. Même à Genève, une place financière traditionnellement très axée sur la gestion de fortune, ils occupent les esprits dans les banques.

Edouard Cuendet, Directeur de la Fondation Genève Place Financière, livre dans un entretien sa vision de la place financière genevoise et de ses évolutions en matière de Fintech, tout en donnant un coup de projecteur sur la dernière manifestation de la Fondation consacrée au numérique dans le secteur financier.

insight: La place financière genevoise est surtout connue comme centre du Private Banking, et ses banquiers soulignent l’importance de la relation personnelle entre client et conseiller. Est-ce que les banques à Genève ont vraiment besoin de se développer vers le numérique?

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Edouard Cuendet, Directeur, Fondation Genève Place Financière
Edouard Cuendet: La transformation digitale de la finance est une réalité. Et les banques sont non seulement en mesure d’accompagner le passage au numérique, mais aussi de prendre elles-mêmes part à l’élaboration du futur digital. L’étude d’Ernst & Young, publiée en janvier 2016, montre que les banques ont intégré la révolution digitale dans leurs priorités. Le Private Banking n’est pas en reste. Il existe des outils informatiques qui assurent un contrôle au quotidien du portefeuille et qui génèrent des propositions pour optimiser les placements. La numérisation permet aux conseillers à la clientèle de répondre plus rapidement aux demandes des clients et de se consacrer davantage au cœur de leur métier. En revanche, une finance entièrement robotisée ne tient pas compte des spécificités de chaque client. Ce dernier souhaite pouvoir choisir à chaque fois le mode d’interaction qui lui convient. Dans la gestion de fortune, la relation client restera donc toujours une plus-value essentielle.

Comment voyez-vous la scène Fintech à Genève? Quels sont les avantages, quels sont les défis du côté des banques?

Une récente étude de la Haute Ecole de Lucerne dénombre 162 sociétés actives dans les Fintech à fin 2015 contre 24 en 2010. La Suisse romande est très présente avec 32 entreprises, soit une part du marché de 20 pour cent. Genève en compte 13. Le premier incubateur Fintech de Suisse a vu le jour à Genève. Cet écosystème complet place Genève à la pointe de l’innovation en matière bancaire et financière. L’avènement de ces nouvelles technologies apporte son lot de changements. Toutefois, contrairement aux taxis Uber et à l’hôtellerie Airbnb, le secteur bancaire et financier est composé d’une myriade de métiers. La définition des Fintech ne se résume pas à une «uberisation» du secteur bancaire. L’objectif n’est pas de devenir des banques Fintech, mais d’introduire les Fintech dans les banques. La place financière genevoise possède de nombreux atouts afin de faire face à cet enjeu. Genève se distingue par ses infrastructures et son expérience dans la gestion des données.

Quel est le rôle de la Fondation Genève Place Financière dans les développements digitaux du Banking suisse?

La Fondation Genève Place Financière exerce un rôle de veille afin de cerner les enjeux de la révolution digitale. Elle ne ménage pas ses efforts pour que l’innovation et les Fintech en particulier puissent contribuer à la valeur ajoutée d’un secteur bancaire résolument tourné vers l’avenir. Elle collabore activement avec le Service de la promotion économique du canton de Genève. Elle a ainsi co-organisé le 1er «Forum économie numérique» en novembre dernier. La Fondation Genève Place Financière est également membre de l’association Swiss FinTech innovations.

Existe-t-il une collaboration entre les banques et les universités dans votre région?

En Suisse romande, l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) joue un rôle central pour le développement des Fintech. L’Innovation Park au sein de l’EPFL constitue un lieu d’interaction entre la recherche et les entreprises. Il a notamment permis d’associer une importante banque de la Place genevoise à l’un des fleurons des sociétés innovantes suisses dans le domaine financier et bancaire, et à une société de venture capital, basée à l’EPFL. Cette collaboration a conduit à la création du premier incubateur suisse spécialisé dans les Fintech.

Constatez-vous une collaboration entre les banques de la Suisse romande et de la Suisse allemande ou italienne?

La dispersion des forces, des réseaux et des associations est l’un des principaux reproches entendus à l’égard de la scène Fintech suisse. Pour y répondre, les banques rassemblent leurs forces. Par exemple, Credit Suisse, Raiffeisen, Lombard Odier, la Banque cantonale de Zurich (BCZ), Vontobel, les assurances Helvetia et Swiss Life, de même que SIX Group font ainsi partie des fondateurs de l’association Swiss FinTech innovations.

Vous avez récemment organisé un événement au sujet des Fintech, les «Assises de la place financière genevoise». Pouvez-vous nous en dire davantage?

Les «Assises de la place financière genevoise» sont un événement annuel qui s’adresse à toutes les collaboratrices et tous les collaborateurs du secteur financier. Cette 5ème édition a rassemblé 360 participants autour du thème des Fintech. L’objectif était de mieux définir ce que sont les Fintech et quelle valeur ajoutée elles peuvent apporter aux banques grâce à des exemples concrets. A cet effet, nous avons pu écouter les exposés passionnants de Rüdiger Lobrinus, Responsable au sein d’UBS des développements spécifiques pour la clientèle Wealth Management, et de Christian Petit, responsable de la clientèle entreprise chez Swisscom. Ces interventions ont été précédées par une présentation des enjeux de la Place par Yves Mirabaud, Président de la Fondation Genève Place Financière.

Quelles conclusions avez-vous tirées de cette manifestation?

Les participants ont montré un intérêt marqué pour ce sujet d’une actualité brûlante. Parmi les nombreuses questions posées, l’impact des Fintech sur l’emploi a occupé le cœur des débats. Les orateurs ont expliqué que la numérisation constitue une aide précieuse pour les analystes et les conseillers. Elle permet notamment une maîtrise plus efficiente des risques et des coûts pour les établissements bancaires. Toutefois, il a été unanimement reconnu que la relation avec le client possède un aspect émotionnel fondamental que seul l’humain peut appréhender.

Selon vous, quelles sont les prochaines étapes pour la place financière genevoise dans les Fintech?

Forte de son expérience dans la gestion des données, plus communément appelée big data, la place financière genevoise va continuer à explorer toutes les pistes dans ce domaine. Cela inclut la technologie blockchain qui permet d’optimiser le processus de stockage et de transmission d’informations dans un univers sécurisé. Cet aspect prospectif est essentiel dans la mesure où la cybersécurité devient un critère de différenciation majeur. Ce thème sera d’ailleurs au menu de la deuxième édition du «Forum économie numérique» co-organisé par la Fondation Genève Place Financière en novembre prochain à Genève.