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30 Mars 2016

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Un fonds souverain pour la Suisse

Un fonds souverain pour la Suisse

L'idée d'un fonds souverain ressurgit, mais sa concrétisation serait problématique pour la Suisse. Les fonds souverains n'ont qu'une efficacité limitée et sont controversés d'un point de vue politique.

Après la décision de la BNS de supprimer le taux de change plancher, les idées abondent sur les modalités d’une politique monétaire fructueuse pour la Suisse. Ces derniers mois, les milieux économiques et politiques ont fait entendre leur voix dans le débat pour prôner le financement d’un fonds souverain suisse visant à lutter contre le franc fort. L’investissement de capitaux publics à l’étranger permettrait de réduire l’excédent de la balance des paiements, et par là même l’attractivité du franc suisse. Parallèlement, les partisans d’un fonds souverain espèrent relancer ainsi le secteur exportateur suisse, dans la mesure où les investissements stratégiques dans des entreprises étrangères soutiennent la demande étrangère et donc les exportations suisses.

Un financement opaque...

La politique économique et financière de la Suisse a fait ses preuves jusqu’ici, y compris lors de périodes difficiles. Il convient de faire une analyse critique d’un fonds souverain  non seulement dans une perspective économique libérale, mais aussi afin d’en évaluer le pour et le contre.

De telles restrictions compromettraient
l’efficacité de la politique monétaire.

Le financement du fonds souverain sur les réserves de devises de la BNS, qui est mis en avant, ébranlerait les fondements de l’indépendance de la BNS et ne constitue donc pas une solution viable. En cas de besoin, la BNS ne pourrait pas disposer suffisamment vite des fonds affectés à un fonds souverain pour absorber les liquidités émises. De telles restrictions compromettraient l’efficacité de la politique monétaire. Par ailleurs, il convient de rappeler que la BNS a déjà investi des sommes considérables en euros et en dollars dans un fonds international en actions et dans des emprunts d’Etat allemands.

Alimenter le fonds souverain au moyen d’excédents budgétaires ou monétaires au niveau de la Confédération est également impossible. Premièrement, de tels excédents n’existent pas. Et même s’ils existaient, une gestion du fonds axée sur le rendement n’est guère envisageable, car l’ingérence politique éveillerait pour certains projets des convoitises qui ne pourraient pas être toutes satisfaites. Deuxièmement, il faut être conscient des  moyens importants dont le fonds souverain devrait être doté pour influer sur les taux de change, comme l’ont montré les interventions massives de la BNS sur le marché des changes. Troisièmement enfin, un fonds souverain en Suisse revient toujours à accroître l’endettement. Cela minerait la politique financière fructueuse menée jusqu’ici, qui a permis à la Suisse de bénéficier d’une excellente solvabilité grâce au frein à l’endettement. Les fonds souverains sont alimentés par des excédents, non par des dettes. Sans compter que la politique de change incombe non à la Confédération par le biais d’un fonds souverain, mais exclusivement à la BNS par le biais de sa politique monétaire.

Un fonds souverain en Suisse revient toujours
à accroître l’endettement.

...et un effet discutable

Après la question du financement d’un fonds souverain, on peut aussi se poser celle de son efficacité. En effet, si le but réel du fonds souverain est de faire baisser le franc et ainsi de soutenir les PME suisses, le risque d’un effet inverse n’est pas à exclure pour le cas où le fonds investirait dans des entreprises étrangères en concurrence directe avec ces PME. Un autre effet indésirable pourrait être d’accélérer la constitution d’une bulle sur les actifs à l’étranger, ce qui engendrerait des risques économiques. Les critiques qui, à l’étranger, dénoncent l’ingérence de la Suisse et la manipulation des taux de change, trouveraient là un terrain fertile.

Il convient de rejeter l’idée d’un fonds souverain pour la Suisse.

Au vu de ces arguments et compte tenu de l’interventionnisme en résultant, qui compromettrait durablement la qualité des conditions-cadres dont bénéficie l’économie de notre pays, il convient de rejeter l’idée d’un fonds souverain pour la Suisse.